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Accusé n° 36 023 681 278

 
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Stéphane Fouasseur
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MessagePosté le: Ven 23 Jan - 20:06 (2009)    Sujet du message: Accusé n° 36 023 681 278 Répondre en citant

-Faites entrer l'accusé... le condamné n° 36 023 681 278

La lumière fut.

Il est des choses comme cela, que l’on ne décide pas, qui échappent à notre contrôle…
Pourtant, malgré cet attentisme induit, on se retrouve assis devant une table sur laquelle on a placé un échiquier… Aucune pièce ne manque… La reine côtoie le roi et lui assure les faveurs dues à son rang… Le fou marque une pause, mais sa stature fait rire… Les cavaliers quant à eux surveillent les huit petits pions qui les devancent… Les tours rassurent par leur présence. Je ne vois pas mon adversaire qui est plongé dans l’obscurité.

Mes pièces se retournent et me regardent comme pour me rappeler qu’ayant les blanches c’est à moi d’engager le conflit… Je tends donc la main et soulève doucement un pion pour le faire avancer de deux cases… A peine l’ai-je posé qu’une voix féminine sortie de nulle part annonce :
-Il a sombré !

Je ne comprends pas… Seule ma place et la table sont éclairées et je ne vois pas alentour. Suis-je dans une salle ? Un rêve ? La réflexion est veine à vrai dire puisque je n’ai le temps de tergiverser qu’une main gantée de noir déplace aussi un pion couleur d’ébène… Et une autre voix annonce :
-Un tremblement de terre de 2.6 sur l’échelle de Richter vient de secouer l’Europe de l’Est. Bilan : 4 morts et 163 blessés, légers pour la plupart.

Je suis inquiet… J’ai peur… Je tente de me lever mais mes jambes sont trop lourdes, je ne parviens pas à décoller mes semelles du sol… Je cris :
- Qui êtes-vous ? Où suis-je ?
Une voix venant tout droit de devant moi me répond :
-Tu es notre invité…
-Invité ? À quoi ? Et… et… De qui ?
-Nous sommes ce que vous appelez la mort, la tristesse, le négatif…Nous passons notre temps à jouer… Aujourd’hui c’est avec vous…
-Mais jouer à quoi? Je ne saisis pas? Laissez-moi partir!
-Non, nous ne pouvons pas : La partie à commencé! Vous devez aller jusqu’au bout ! Ou nous vous emmenons à jamais avec nous!
Ces derniers mots résonnèrent en moi longtemps avant que je ne puisse songer à répondre :
-Pourquoi ce jeu ?
-Vous n’aimez pas les échecs ?64 cases, 32 pions… Des milliers de possibilités différentes selon vos choix, vos envies, vos peurs… Et si vous êtes assez fort vous comprendrez ce que nous ne pouvons expliquer…
Accusé… tremblement de terre… condamné… mort… Je ne comprenais rien de ce qui ce tramait en cette pièce, en cette… prison ? Et l’un de mes cavaliers, pour me rappeler qu’une « partie se jouait », coupa la tête du pion situé devant lui d’un coup de rapière… La tête roula sur le côté et se retrouva vite hors du plateau de jeu… La voix mono timbre qui résonna à nouveau :
-Un avion s’écrase en Sibérie : bilan 195 Morts. Aucun survivant.
-J’ai omis de vous dire que vous n’avez que 2 minutes par coup… m’indiqua mon adversaire. C’est franchement dommage de perdre une pièce de la sorte… Regardez ce que vous avez fait : un avion… Des femmes, des hommes, des enfants aussi… Bon, c’est donc à moi de jouer…
Cette façon de parler d’une catastrophe confinait à un stoïcisme face à une difficile épreuve et commençait franchement à m’énerver… comment était-ce possible ?
Il prit un cavalier et le fit passer au-dessus de ses pions pour le mener en son nouvel emplacement…
-Une vague de froid s’abat sur le Luxembourg : 2 morts.

Je n’en pouvais déjà plus… je n’avais pas le droit d’entrer vraiment dans ce jeu… jeu mortel… je regardais le plateau… mes pièces… et le cavalier semblait déjà regarder un autre pion et caresser l’espoir de l’écimer prochainement…. Pas possible….
J’avançais donc ma main tout en réfléchissant aux prochaines conséquences... Comment stopper cette partie ? Comment montrer ma désapprobation face à cette comédie ? Combien de mort encore allait se décider par le simple fait d’avancer une pièce? Je transpirais et jetais mon dévolu sur le Fou, libéré par l’avancée de mon tout premier pion, et le déplaçais donc de 3 cases en diagonale pour l’approcher ainsi du bord du plateau… Et la voix féminine de dire :
-Il est trop loin déjà…

L’adversaire bougea un autre pion… Avalanche, France, les Alpes, 5 disparus…

Je ne tenais plus en place, mon sang bouillait, je ne voulais pas ! Je pleurais déjà à l’idée d’avancer encore un peu dans la partie…. Il fallait que cela cesse ! Il restait encore 31 pièces et une infinité de mouvements ; chacun de ces derniers donnaient lieu à une inéluctable catastrophe… Un avion, le froid, une avalanche…. Et puis quoi encore ! Quoi ! Je ne suis pas fait pour ça ! Et ce cavalier qui me regarde encore avec son ère intéressé… Il attend quoi ? Que je lui redonne une occasion d’assouvir sa barbarie ? Son envie de meurtre ? Non ! Je ne veux pas !
Regardant la disposition des pièces de mon adversaire me vint soudain l’idée qui semblait être la solution ultime pour que tout s’arrête… De mon corps, seuls les jambes étaient paralysées… Mes bras fonctionnaient parfaitement et me permettaient de jouer… mais pas que cela ! Le but du jeu ma revint en mémoire aussi soudainement : Bloquer le roi de l’adversaire… Le roi ! Il fallait le tuer lui! Le prendre et le jeter à terre?

Ainsi, c’est avec un sourire retrouvé que j’entrepris de poser ma main sur le roi noir et de le porter à ma bouche… La reine criait et pleurait... Le roi appelait à l'aide en se protégeant le visage de ses bras... J'avalais d’un trait ce petit homme afin de ne laisser aucune chance à la partie de reprendre…
Toutes les autres pièces de mon adversaire disparurent aussitôt… Ne laissant donc que mes blancs sur le plateau… L’homme devant moi me dit :

-Je n’ai plus de jeu ! Vous avez compris la seule chose qui était possible pour arrêter cette partie : neutraliser mon roi afin que tout devienne un non-sens, y compris votre présence ici…Vous êtes libre… Je vous demanderais de ne pas ébruiter votre passage parmi nous… Mais sachez que votre cœur est pur, vous n’avez laissé la partie se dérouler que pendant 6 coups seulement… Bien souvent, avec les autres, elle va jusqu’au bout malgré qu’ils aient compris très vite que les catastrophes qui en découlent sont bel et bien réelles… Mais ils n’en ont que faire… Dans ce cas, nous les gardons avec nous… Vous, vous pouvez partir… retournez d’où vous venez et soyez heureux…

-Mais dites-moi… qui êtes-vous ? Lui demandais-je alors, bienheureux de se dénouement rapide de mon calvaire…

-Dans votre monde, fût une époque lointaine, on nous attribuait le rôle de Balance, de Justice devant le Très Haut… Nous devions peser le cœur des Hommes et leur proposer la Félicité dans le Paradis si le cœur se trouvait plus léger que la Plume…. Nous avons juste changé de procédé parce que même ici rien n’est immuable et les techniques s’améliorent afin de ne pas laisser repartir de brebis galeuse… Vous, vous pouvez donc repartir, vous avez sauvé beaucoup de monde aujourd’hui… Et ne vous inquiétez pas de la douleur…

-Quelle Doul…

Cette douleur-là ! Celle de la première respiration après un accident cardio-vasculaire !
Celle du défibrillateur qui nous envoie des joules et des joules parcourir tout le thorax !
La lumière qui fait mal aux yeux ! Les cathéters dans les bras ! Le respirateur ! Une véritable naissance d’enfant mais avec les stimulations d’un corps d’adulte ! Sensations d’écrasement soudain de la boîte crânienne ! Tout ça mêlé à la peur et la demi inconscience de soi ! J’ai mal !

- On le récupère ! Il revient ! Le cœur bat de nouveau…
- Bon on le stabilise et on l’envoie en RéA !

C’était la même voix que pendant la partie… « Il a sombré ! »… « Il est trop loin déjà…».

Bip…bip…bip…bip…

Je me suis rendormi…

Et voilà, cela fait maintenant 5 jours que cela s’est produit… Je suis allongé dans ce lit d’hôpital et j’écris ici les premiers choses qui me sont revenus en mémoire au sujet de ce que l’on appelle une E.M.I. (Expérience de Mort Imminente) ou N.D.E. (Near Death Experience)…
Je ne peux malheureusement pas m’étendre sur le sujet, l’absence d’oxygénation de mon cerveau ayant entraîné quelques lésions là où certains souvenirs étaient rangés… Non… Mais ces quelques écrits sont juste là pour vous dire que lorsqu’elles seront retrouvés, les deux boîtes noires de l’avion tombé en Sibérie ne pourront pas vous dire avec exactitude pourquoi…

Mais vous saurez que c'était juste pour 2 minutes d’une partie d’échec…

P.S. : Une infirmière m’indiqua ce matin que depuis un mois, j’étais la 3ème personne au sein de laquelle le scanner révélait une petite pièce de bois dans l’intestin et, chose plutôt drôle, assimilable à une pièce de jeu d’échec… Un roi noir… Et que tout comme moi, les deux autres personnes n’avaient aucune idée du comment et encore moins du pourquoi…


Stéphane Fouasseur. "Accusé n° 36 023 681 278". Mai 2008.
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MessagePosté le: Ven 23 Jan - 20:06 (2009)    Sujet du message: Publicité

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